Intermodulation passive : fiabiliser la connectique RF après l’extinction de la 2G

Intermodulation passive : fiabiliser la connectique RF après l'extinction de la 2G

Le 24 septembre 2026, l’Arcep a publié une nouvelle édition de son observatoire de l’extinction des réseaux 2G et 3G : 1,7 million de terminaux 2G demeuraient actifs en France à la fin du mois de juin 2026, contre 2,9 millions un an plus tôt, soit un recul de 41,4 %. Les premières extinctions de la 3G sont annoncées à l’horizon 2028. Pour un installateur radio, l’information utile ne tient pas au parc de terminaux : les porteuses GSM cèdent la place à des porteuses 4G et 5G sur des lignes coaxiales et des connecteurs posés, parfois, il y a quinze ans. Le maillon fragile d’une installation multibande n’est plus l’équipement actif, mais la jonction métallique mal serrée en haut du mât ou au fond d’une gaine technique.

Ce que le refarming change pour les liaisons coaxiales existantes

Les bandes libérées par le GSM reçoivent des porteuses plus larges, avec une puissance moyenne supérieure et un plan de fréquences plus dense sur les mêmes antennes, coupleurs et feeders. Une installation sans reproche avec deux porteuses étroites peut devenir bruyante dès que trois ou quatre porteuses partagent le même chemin passif. Le phénomène porte un nom : l’intermodulation passive, ou PIM (passive intermodulation).

L’intermodulation passive, défaut de la chaîne passive

La PIM désigne la création de produits de mélange par un composant supposé linéaire : connecteur, soudure, contact oxydé, pièce ferromagnétique placée dans le chemin du courant RF. Deux porteuses d’émission suffisent à engendrer des produits d’ordre 3, dont les fréquences se calculent simplement — 2f1 − f2 et 2f2 − f1. Dans une bande duplex, ces produits retombent fréquemment à l’intérieur de la voie montante, là où le récepteur de la station est le plus vulnérable.

Ce bruit échappe à l’utilisateur qui regarde l’indicateur de signal de son terminal : il dégrade la sensibilité en réception, donc le débit montant et la portée en bordure de cellule, aux heures de plus fort trafic descendant. Intermittent, il s’efface souvent au moment où l’on vient le chercher.

Les causes récurrentes

  • contact insuffisamment serré, ou couple de serrage excessif qui déforme le contact central ;
  • revêtement ferromagnétique sur le trajet du courant RF ;
  • entrée d’eau dans une étanchéité mal réalisée ;
  • copeau métallique resté dans un connecteur à sertir ;
  • liaison de masse corrodée.

La liste est courte et toujours la même. Elle relève, pour l’essentiel, de la pose plutôt que du produit.

Mesurer : ce que prévoit la série CEI 62037

La mesure de l’intermodulation des dispositifs RF passifs relève de la série CEI 62037. La partie 1 fixe les exigences générales et les méthodes de mesure applicables aux composants passifs ; la partie 8, publiée en 2025, traite de la mesure de PIM rayonnée pour les dispositifs RF. Le principe reste constant : injecter deux porteuses de forte puissance et relever le niveau du produit d’ordre 3, exprimé en dBc par rapport à une porteuse.

Le niveau de référence le plus répandu dans l’industrie correspond à deux porteuses de 20 W, soit 43 dBm chacune. Ce choix n’est pas anodin : le niveau de PIM mesuré dépend fortement de la puissance d’essai, ce qui rend tout résultat inexploitable si la puissance des porteuses, les fréquences employées et le sens de mesure — réfléchi ou transmis — ne sont pas consignés avec la valeur.

Choisir le câble et le connecteur sans se tromper

L’impédance se vérifie avant de commander. Le 50 Ω est la règle en radiocommunication, le 75 Ω relève de la distribution vidéo : raccorder l’un sur l’autre crée une désadaptation (rapport d’ondes stationnaires voisin de 1,5) et une transition dont le contact central n’a pas le bon diamètre, configuration propice à la PIM. L’affaiblissement linéique, lui, croît avec la fréquence : une ligne dimensionnée pour les bandes basses mérite un calcul de bilan de liaison avant d’être réutilisée dans les bandes hautes, car chaque décibel perdu avant le premier étage d’amplification se paie sur la sensibilité de la voie montante.

Le choix de l’interface suit la puissance admissible, l’encombrement et l’exposition aux intempéries. Point souvent négligé en bâtiment : un câble posé à demeure dans un établissement recevant du public ou un immeuble de grande hauteur relève du règlement européen sur les produits de construction et doit afficher une euroclasse de réaction au feu. La réglementation française applicable aux ERP et aux IGH a évolué sur ce terrain, et une liaison coaxiale n’y échappe pas davantage qu’un câble d’énergie : le niveau de performance exigé se détermine en fonction du type de local, de son effectif et de sa configuration.

Vérifier avant, pendant et après la pose

Avant commande, reconstituez le plan de fréquences du site tel qu’il sera après refarming, et non tel qu’il est aujourd’hui : listez les porteuses d’émission, calculez les produits d’ordre 3 et 5, repérez ceux qui retombent dans une bande de réception utilisée sur place ou sur un site voisin. C’est ce tableau, et non le catalogue, qui dicte le niveau d’intermodulation à exiger et la décision de remplacer ou non les cordons en place.

À la pose, trois exigences éliminent la majorité des défauts : serrage à la clé dynamométrique au couple indiqué par le fabricant, propreté absolue des contacts, étanchéité réalisée avec un kit prévu à cet effet. Proscrivez les colliers métalliques en contact direct avec le corps des connecteurs, respectez le rayon de courbure minimal, étiquetez les deux extrémités de chaque liaison.

À la recette, trois mesures font foi et méritent d’être consignées : l’affaiblissement de réflexion bande par bande, la distance au défaut pour localiser une anomalie le long de la liaison, et un essai d’intermodulation à deux porteuses accompagné d’une sollicitation mécanique — on frappe et on remue le câble pendant la mesure, car un défaut stable sous charge fixe se révèle au mouvement. Conserver le rapport, l’identifiant de l’appareil et la date d’étalonnage permet, deux ans plus tard, de distinguer un lot de câbles en cause d’une intervention ultérieure sur le pylône.

Commander des câbles RF sur mesure

IQTHINGS, intégrateur de connectivité établi à Paris, met à disposition un configurateur de câbles RF sur mesure : connecteur A, connecteur B, câble compatible parmi les gammes LMR et RG en 50, 75 ou 93 Ω, longueur, quantité, puis options d’étiquetage, de rapport de mesure et de protection extérieure. Seules les combinaisons compatibles sont proposées, et chaque configuration est vérifiée par un technicien avant fabrication ; tarif et délai sont confirmés par devis.

Lorsque la question dépasse le cordon et porte sur la desserte radio d’un bâtiment, la démarche de couverture mobile à l’intérieur des bâtiments commence par un diagnostic avec mesures RSRP et RSRQ par opérateur, se poursuit par le choix de l’architecture — répéteur, DAS, Wi-Fi ou réseau privé —, une étude radio, une visite technique, un avant-projet, puis le déploiement et l’intégration avec les opérateurs, dont le raccordement dépend de leur accord et de leurs délais. Les besoins particuliers se qualifient via une demande de devis.

Questions fréquentes

L’arrêt de la 2G supprime-t-il le risque d’intermodulation ?
Non. Les bandes concernées sont réaffectées à la 4G et à la 5G avec le même plan duplex : les produits d’intermodulation retombent au même endroit du spectre, avec davantage de porteuses pour les engendrer.

Un essai de PIM sans valeur de puissance a-t-il un sens ?
Très peu. Le niveau relevé dépend de la puissance des porteuses d’essai ; un résultat n’est exploitable qu’accompagné des fréquences, de la puissance de chaque porteuse et du sens de mesure, conformément aux méthodes de la série CEI 62037.

Peut-on utiliser un câble 75 Ω sur une liaison radio pour dépanner ?
Ce n’est pas recommandé : la désadaptation d’impédance et la transition entre diamètres de contact différents constituent une configuration typiquement génératrice d’intermodulation. Les gammes 75 et 93 Ω ont leurs usages propres, en vidéo et en instrumentation.